Leçon 4

La philanthropie au Canada

Dans cette section, nous examinerons l'état de la philanthropie au Canada et plus précisément qui donne quoi, et à qui.

Nous verrons :
  • L'histoire de la philanthropie au Canada
  • D'où provient le soutien du secteur privé?
  • Ce que les donateurs du secteur privé préfèrent soutenir au Canada
  • Les raisons qui motivent les donateurs privés à faire des dons de bienfaisance
  • Ce que tout ceci implique pour le financement de votre service d'archives

Histoire de la philanthropie au Canada

Les premières manifestations de philanthropie

Le privilège de donner et le principe de réciprocité faisaient partie des traditions des Premières nations et, sans l'aide de ces dernières, les premiers explorateurs et colons européens n'auraient pas survécu dans leur nouveau pays.

La tradition française dans les années 1600

À l'époque de la colonisation française, la maladie et la pauvreté étaient largement répandues et les familles avaient souvent de la difficulté à survivre. La mendicité devenant de plus en plus fréquente, on créa un Bureau des pauvres en 1688. Ce bureau était un organisme de bienfaisance qui avait la responsabilité d'identifier les « malheureux et misérables pauvres » et devait :

  1. veiller à ce que personne ne souffre de la faim
  2. trouver une occupation utile à ceux qui étaient aptes au travail
  3. mettre un terme à la nuisance publique engendrée par la mendicité

Le Bureau recruta deux femmes dans chaque ville pour faire du porte-à-porte afin de recueillir des aumônes. Ces femmes ne devaient pas insister auprès des gens pour qu'ils fassent un don, elles devaient plutôt « offrir à tous l'occasion de donner selon leurs moyens et leur conscience ».

Durant les 150 premières années du Canada, la couronne de France a versé les fonds nécessaires au maintien d'un modeste niveau de santé, d'éducation et de bien-être dans la colonie et à l'établissement d'hospices pour les personnes âgées, les infirmes et les orphelins.

Pour sa part, l'Église catholique a fourni des fonds pour offrir des services sociaux - principalement pour venir en aide aux pauvres. Elle encourageait les colons qui en avaient les moyens à donner généreusement à leur paroisse afin de la rendre autosuffisante sur le plan financier.

Les citoyens eux-mêmes faisaient souvent preuve d'altruisme à cette époque. On conserve de nombreux témoignages de colons ayant aidé un voisin dans le besoin. Les désastres étaient fréquents dans les régions éloignées et lorsque cela se produisait, les voisins se soutenaient mutuellement. C'est ainsi qu'ont émergé et pris racine chez le colon canadien les valeurs d'entraide et de solidarité entre voisins.

Sous le Régime français, ce sont donc le Roi, l'Église catholique et de simples citoyens qui portaient assistance aux personnes en difficulté. Ainsi débuta la tradition au Canada du partenariat entre les instances gouvernementales, les organismes religieux et les citoyens pour venir en aide aux plus démunis.

La philanthropie sous le Régime britannique

Après la bataille des Plaines d'Abraham en 1759, la situation a changé. Lorsque les Britanniques ont pris le pouvoir, ils ont voulu que les colons assument eux-mêmes leur propre bien-être. En effet, dans les colonies britanniques, lorsque les colons n'arrivaient pas à subvenir à leurs propres besoins, ils n'avaient que l'Église vers qui se tourner, car le gouvernement ne leur offrait aucune aide.

Cette philosophie d'autosuffisance n'a pas très bien fonctionné et, dès le début des années 1800, le gouvernement colonial britannique a commencé à subventionner régulièrement les organismes de bienfaisance relevant des églises. C'est ainsi qu'a débuté le financement gouvernemental aux organismes privés, les gouvernements ne voulant pas assumer la charge de livrer directement ces services à la population.

En 1801, le gouvernement britannique appliqua sa notion de la bienfaisance aux colonies. En Grande-Bretagne, la notion de bienfaisance était définie dans un texte de loi intitulé Statute of Charitable Uses, adopté par le Parlement britannique en 1601, et mieux connu sous le nom de Elizabethan Poor Law. Cette loi avait pour objectif de créer, contrôler et protéger les fiducies et fondations de bienfaisance au profit des écoles, de l'aide aux pauvres ou d'autres causes de nature civique.

La loi réglementa la collecte de fonds et marqua le début de l'implication des gouvernements dans la philanthropie et la bienfaisance au Canada.

Le statut d'organisme de bienfaisance est, aujourd'hui encore, fondé sur cette loi. La définition de bienfaisance inscrite dans cette loi a été plusieurs fois contestée en cour, mais la Cour suprême du Canada a statué que seule une loi du Parlement pouvait la modifier. [1]

Les années 1800

Durant la première moitié du 19e siècle, on assista à la naissance de nombreuses sociétés et organisations ayant pour mission de venir en aide aux personnes dans le besoin. Ces organisations étaient mises sur pied par des églises, des associations bénévoles, des syndicats, des regroupements d'immigrants ou des citoyens d'un même quartier.

James McGill, commerçant et marchand de fourrure, a fait don de sa propriété à une commission provinciale dans le but de fonder l'Université McGill. Il aurait pu fonder lui-même cette université mais, par ce geste, il a plutôt inauguré la tradition de donner des fonds privés pour créer un organisme public.

Au cours des années 1800, on a également assisté à l'émergence d'entreprises spécialisées en philanthropie, avec l'organisation des premières campagnes de financement et le début des partenariats entre les secteurs public et privé. La première campagne de souscription a été organisée en 1821, pour compléter une subvention de démarrage accordée par le gouvernement provincial au Montreal General Hospital, et en 1830, l'Université York a reçu la première subvention gouvernementale de fonctionnement destinée à un hôpital. En 1864, un organisme de bienfaisance, la Charitable Irish Society a, pour la première fois, engagé un directeur de campagne pour recueillir des fonds à l'occasion du renouvellement de l'adhésion de ses membres.

Le Social Gospel Movement

Vers la fin des années 1800, on assista à l'émergence d'une nouvelle organisation, appelée Social Gospel Movement qui, au Canada (sauf au Québec), a entraîné un changement de philosophie : on a commencé à s'intéresser davantage au bien-être collectif qu'au bien-être individuel. Aux États-Unis, certains membres fortunés de cette organisation ont puisé dans leur fortune personnelle pour créer des institutions, alors qu'au Canada, on a plutôt eu tendance à faire des dons aux églises, lesquelles décidaient ensuite elles-mêmes de leur utilisation. Cela explique pourquoi la philanthropie a évolué de façon très différente au Canada et aux États-Unis.

La réaction philanthropique aux catastrophes

Les Canadiens ont la réputation de répondre généreusement en cas de catastrophes d'origine humaine ou naturelle; l'explosion du port de Halifax, en 1917, en est un bon exemple. Trois semaines avant Noël, un navire de guerre chargé de munitions explosa dans le Port de Halifax où il était ancré, tuant ou blessant grièvement des milliers de personnes. Une campagne de financement à l'échelle mondiale permit de recueillir 30 000 000$ - et ceci bien avant que ne se répande l'utilisation du téléphone, de la télévision et de l'Internet! La communauté archivistique s'est aussi mobilisée au moment de différentes catastrophes. Pouvez-vous penser à des exemples récents?

Les années 1920 : l'organisation de la philanthropie

Confrontée à la multiplication des demandes, la philanthropie canadienne a commencé à concentrer ses efforts en organisant des campagnes de financement fédérées, telles que celles de la Plume rouge au Québec. Ces campagnes ont été mises sur pied grâce à des partenariats entre les entreprises et les syndicats. Elles se chargeaient de recueillir les fonds au nom des organismes de bienfaisance, permettant à ces derniers de se consacrer entièrement à leur mission. Ainsi, les donateurs n'avaient qu'un seul don à faire, une fois par année.

La première fondation communautaire au Canada, la Fondation communautaire de Winnipeg, a pu démarrer grâce à un don majeur de William Alloway (100 000$). Cette donation s'inscrit dans le modèle que nous avons vu précédemment, selon lequel un individu fait un don en vue de l'établissement d'un organisme public, plutôt que privé, afin de bénéficier tous les citoyens de sa municipalité.

L'accroissement du nombre d'organismes de bienfaisance

Au Canada, le nombre d'organismes de bienfaisance est passé de 909 en 1936 à 39 965 en 1980. Au cours des années 1980, on a constaté une diminution importante du financement gouvernemental dans la santé et l'éducation. Cette situation a contribué à l'augmentation du nombre d'organismes de bienfaisance, lorsque les établissements de santé et d'éducation ont commencé à solliciter de l'argent du secteur privé pour compenser la réduction du financement public.

Cette diminution de l'aide gouvernementale a également touché d'autres secteurs, contribuant ainsi à l'accroissement du nombre d'organismes de bienfaisance, lequel s'élève aujourd'hui, au Canada, à plus de 100 000.

La philanthropie canadienne

Les traditions en matière de don et de partage varient selon les cultures et les communautés. Au Canada, on a d'abord connu le modèle français selon lequel le Roi envoie des subsides à ses colonies, puis la pratique britannique voulant que le gouvernement finance des organisations privées gérées par l'intermédiaire des églises. La réglementation sur la philanthropie au Canada est le reflet d'une tradition qui prend racine dans des relations étroites et continues entre le gouvernement, les organismes religieux et les individus.

[1] Le texte de cette décision  est consultable sur le site de la Cour suprême du Canada :  www.scc-csc.gc.ca/